faire un don à la Fondation Mallet

Actualités Fondation Mallet

Nous avons eu l'idée d'interviewer des professionnels de la Fondation, notamment dans le secteur du médical, afin que ces derniers nous parlent de leur métier et de leur(s) expérience(s) à la Fondation Mallet. Pour commencer, venez découvrir le métier de neuropsychologue...

 

Le métier de neuropsychologue qu'est-ce que c'est ?

 

Pour le savoir, nous avons interviewé Amélie David, neuropsychologue à la Fondation Mallet depuis quelques mois.

 

Julie Planche :  Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce métier ?

Amélie David : A la sortie de mon bac, je voulais faire un métier permettant de me sentir utile pour l’autre et notamment auprès de personne ayant besoin à un moment de leur vie d’un soutien, d’un accompagnement, afin de leur apporter si possible un mieux-être. Je me suis donc dirigée vers la fac de psychologie en me disant que j’allais devenir psychologue clinicienne, puis au cours de ma 2ème année de licence, l’enseignement de la neuropsychologie nous a été proposé et j’ai trouvé cela passionnant, je me suis retrouvée dans ce domaine des sciences humaines et c’est au cours de cette année-là que j’ai su que je voulais faire ce métier.

 

J.P. : Pourquoi à la Fondation Mallet ?

A.D. : La Fondation Mallet est une structure en accord avec mes valeurs et notamment sur l’importance qui est donnée au patient, sur le respect de l’intégrité, la dignité, la singularité de chaque.

 

J.P. : Qu’est-ce qui vous plaît le plus ou que trouvez-vous le plus intéressant dans votre métier ?

A.D. : Je voulais me retrouver dans une pratique professionnelle dans laquelle aucune journée ne se ressemble et qui pouvait tous les jours m’apporter quelque chose de nouveau. Le métier de neuropsychologue est un métier où il est très difficile de s’ennuyer et d’avoir l’impression d’être dans une activité routinière et je pense que lorsque l’on fait un métier en contact avec l’humain, il est difficile de s’ennuyer. Chaque personne que nous rencontrons est singulière, chaque personne nous apporte une nouvelle expérience, une nouvelle remise en question. Et le métier de neuropsychologue, notamment en centre de rééducation, nous donne l’opportunité d’accueillir, d’accompagner, de prendre en charge une personne le nécessitant à un moment donné dans sa vie. Je trouve que la citation de P. Verspieren résume parfaitement notre métier qu’est la neuropsychologie « Accompagner quelqu’un, ce n’est pas le précéder, lui indiquer la route, lui imposer un itinéraire, ni même connaître la direction qu’il va prendre. C’est marcher à ses côtés, en le laissant libre de choisir son chemin et le rythme de son pas ».

 

J.P. : Qu’est-ce que vous apporte votre métier sur le plan personnel ?

A.D. : Comme je le dis plus haut, chaque personne que je rencontre est unique avec sa propre histoire, ses propres expériences et ses propres combats contre la pathologie. Chaque prise en charge est une leçon de vie, ce qui humainement, est très enrichissant, tant sur le plan professionnel que personnel. Ce métier nous permet d’avoir une vision de la vie totalement différente.

 

J.P. : En quoi consiste, concrètement le métier de neuropsychologue ?

A.D. : Le métier de neuropsychologue contient différentes missions pouvant être différentes d’une structure à l’autre, d’une pathologie à une autre. Je vais essayer de faire assez synthétique. En centre de rééducation et notamment au sein de la Fondation Mallet, j’ai différentes missions :

  • Rôle d’évaluation :

               Neuropsychologique : Evaluer les capacités attentionnelles, de mémoire, de raisonnement, les fonctions qui permettent de s’adapter à des situations nouvelles (inhibition, planification, flexibilité…), les capacités d’interprétation des émotions permettant d’adapter son comportement à la situation, etc…

               Psychologique : Evaluation de l’état psychologique du patient (dépression, anxiété…)

  • Rôle de remédiation cognitive :

                               Individuelle et/ou collective (selon les objectifs fixés avec le patient). Les séances collectives se font grâce à des ateliers de groupe. Ces ateliers vont permettre une resocialisation des personnes. Généralement, après un accident cérébral les personnes montrent une tendance à s’isoler, du fait de leur handicap invisible (ça ne se voit pas et ça ne se comprend pas toujours), donc le groupe va permettre de retrouver ce lien social. Je propose également de la psycho-éducation pour que les patients comprennent leur pathologie et sachent eux-mêmes l’expliquer pour la faire comprendre aux autres. Un des avantages du groupe est de permettre de retrouver des interférences de la vie de tous les jours, d’être dans un contexte moins artificiel que dans un bureau (bruits, personnes qui parlent…). Le groupe permet également de créer une entraide entre les patients, ce qui va redonner une certaine confiance et estime de soi généralement réduite après une lésion cérébrale.

                La remédiation a pour objectif principal de récupérer un maximum de capacités antérieures si cela est possible, ou bien à maintenir les capacités préservées, afin de ralentir l’évolution de la pathologie.

  • Rôle de soutien

                Entretien psychologique si besoin pour le patient et/ou l’entourage. Une lésion cérébrale peut provoquer un handicap visible ou non, ayant un impact sur l’état psychologique du patient et/ou de son entourage qu’il est important d’accompagner, afin d’aider les personnes à mettre des mots sur ce qu’elles ressentent, de les accompagner dans leur réflexion, (ex : aider au deuil lors d’une perte).

                Entretien axé sur de la psycho-éducation : Permettant de donner une compréhension adaptée de sa pathologie, afin de mieux la comprendre. Cette compréhension va permettre généralement de mieux accepter et intégrer ses difficultés, mais également permettre de connaître les situations pouvant être à risques dans la vie quotidienne.

  • Rôle auprès de l’équipe :

                Restitution des informations à l’équipe, permettant d’aider à la prise en charge de ce patient pour que celle-ci soit la plus adaptée possible aux besoins et à la demande du patient. Par exemple, un patient amnésique, je vais informer l’équipe de toujours donner la réponse au patient et non pas lui poser des questions du type « comment je m’appelle ? » afin de ne pas engendrer une frustration et de l’anxiété au patient.

  • Formation/information

                La neuropsychologie est un champ relativement récent, dont les recherches et les avancées sont constantes il est donc essentiel de se former, de réactualiser ses connaissances régulièrement, afin de proposer au patient une prise en charge de qualité.

 

J.P. : Quelles sont les qualités requises pour exercer votre métier ?

A.D. :

-              Capacités d’écoute,

-              D’empathie

-              Neutralité bienveillante

-              Capacités de communication

-              Esprit d’analyse et d’observation

-              Patience

-              Et parfois faire preuve d’humour (l’humour permettant de relativiser certaines situations pour les patients).

 

J.P. : Quels genres de pathologies traitez-vous ?

A.D. : De nombreuses pathologies peuvent être rencontrées dans un centre de rééducation, d’où la richesse de ce métier, les patients que je rencontre le plus sont des pathologies telles que

  • Traumatisme crânien
  • Accident vasculaire cérébral (AVC)
  • Maladie de parkinson
  • Sclérose en plaque
  • Troubles liés à l’usage de l’alcool
  • Tumeur cérébrale
  • Anoxie cérébrale….

 

J.P. : Quel impact votre travail a-t-il sur les patients ?

A.D. : Mon métier peut avoir différents impacts :

                L’amélioration des capacités cognitives, afin que le handicap invisible du patient ne l’empêche pas de vivre « normalement », pour qu’il retrouve un maximum d’autonomie et de vie sociale.

                Impact psychologique, lorsqu’un patient est victime d’une lésion cérébrale, cela peut engendrer un traumatisme psychologique qu’il est important de détecter. Je vais l’accompagner à l’intégration de cet accident dans son quotidien, afin de permettre la reconstruction psychologique de la personne.

 

J.P. : Avez-vous des retours sur votre travail de la part des patients et/ou familles des patients ? Si oui, lesquels ?

A.D. :   Pour le patient : J’ai des retours au quotidien sur le ressenti du patient, en effet, je lui demande de me donner son ressenti, son impression, ses difficultés, ses réussites à la fin de chaque séance. C’est très important de faire cette démarche, cela permet au patient d’avoir une réflexion sur ce que je lui propose, de voir que son avis rentre en compte dans la démarche que j’entreprends avec lui afin qu’il soit acteur également de sa prise en charge, c’est en faisant ce travail qu’une alliance thérapeutique s’instaure et permet non pas de dicter une rééducation générale, mais d’adapter celle-ci aux besoins et aux attentes du patient. C’est à nous de nous adapter au patient et non l’inverse.

                Pour la famille : il m’arrive d’avoir des retours soit par téléphone lorsque le patient a quitté l’établissement, afin de résoudre des difficultés que la famille rencontre, mais également des améliorations qui ont pu être observées.

 

J.P. : Votre métier comporte-t-il certaines contraintes ? Si oui, lesquelles ?

A.D. : Il est difficile de trouver des contraintes quand on est passionné par son métier, bien entendu, c’est un métier qui demande de faire constamment un travail sur soi, de prendre du recul sur chacune des situations, il n’est pas possible de faire preuve de généralisation, une même pathologie ne va pas engendrer les mêmes conséquences (neuropsychologiques et psychologiques) sur le patient, du fait de sa singularité, de son histoire, de ses expériences et de sa sensibilité…C’est un métier qui demande un investissement et beaucoup de temps.

 

J.P. : Combien de patients traitez-vous en moyenne par jour ?

A.D. : En moyenne par jour, je peux rencontrer entre 5 à 11 patients. Le nombre de patient va dépendre du planning. Lorsqu’il faut réaliser un bilan neuropsychologique, il va falloir que je bloque un créneau relativement important pour le temps de passation, d’interprétation des résultats et de rédaction du compte rendu.

 

J.P. : Combien de temps devez-vous suivre un patient ?

A.D. : Il n’y a pas de temps bien défini dans le suivi d’un patient, un patient ne peut pas rentrer dans une case, il y a un grand nombre de facteurs à prendre en compte, pour ma part la prise en charge d’un patient au sein du PMPR se poursuit tant qu’il est constaté une amélioration et que le patient est motivé. Arrivée à une stagnation ou une évolution devenue beaucoup trop lente, il est important de redéfinir les objectifs : avec le patient, l’équipe, la famille… La prise en charge d’un patient est quelque chose de dynamique demandant constamment une adaptation pour que le projet soit personnalisé et le plus en accord avec les besoins.

 

J.P. : Auriez-vous des conseils à donner à une personne qui souhaiterait exercer votre métier ?

A.D. : Il n’y a pas vraiment de conseils qu’il faudrait donner à une personne voulant faire ce métier, peut-être le plus important est d’aimer ce que l’on fait. Il n’y a pas une manière de faire qui est la bonne, car l’expérience auprès des patients va permettre de créer notre propre personnalité professionnelle, c’est cela qui est également enrichissant. La pratique d’un neuropsychologue ne sera pas la même d’un praticien à l’autre. On se construit avec notre personnalité et les rencontre que nous faisons quotidiennement au sein d’une structure. Ce qui est important dans ce métier de mon point de vue, c’est de connaître nos limites dans une prise en charge, afin que la qualité de celle-ci ne soit pas entravée. Un neuropsychologue doit en effet, faire preuve d’une neutralité bienveillante, mais il ne faut pas oublier que l’on est nous-même des personnes avec des valeurs, des opinions, d’où l’importance de connaître nos limites, afin d’éviter de biaiser et entraver la prise en charge d’une personne.

 

 

Merci à Amélie David d'avoir acceptée de répondre à nos questions. Vous pourrez prochainement découvrir un reportage en lien avec cette interview sur la page Facebook de la Fondation et sur notre chaîne Youtube.

Actualités Fondation Mallet

Actualités Fondation mallet